Comment tourner une vidéo à 360 degrés ? Interview d’un réalisateur 360

Interview d’un réalisateur 360

Un tournage à 360° est bien différent d’un tournage “à plat”. Alors, comment se préparer au mieux ?

Sébastien Brochot, réalisateur et auteur du blog “Journal d’un réalisateur 360”, nous explique tout…

 

Quelles sont les différences majeures avec un tournage classique ?

Lors d’un tournage en 16/9, que l’on soit en haute définition ou désormais en 4K ou 8K, le dispositif ne change presque jamais. Il peut y avoir des accessoires en plus, une équipe technique plus ou moins importante, mais en général, on retrouve toujours la même logique : un ou plusieurs capteurs, qui pointent dans la même direction, une prise de son dirigée depuis la caméra ou hors champ vers les acteurs (ou les intervenants), un éclairage spécifique…
Avec un tournage à 360 degrés, on oublie tout ça et on repart à zéro ! Les microphones sont cachés, les projecteurs doivent se fondre dans le décor, les acteurs ne se déplacent plus de la même façon…

Ce ne sont plus les mêmes règles ?

Non, pour des raisons évidentes. Avec une caméra 360, on filme absolument tout ce qu’il y a autour de la caméra, de tous les côtés, du sol au plafond (ou au ciel). On doit donc faire disparaître tout ce qui ne doit pas être filmé : les éclairages, les micros, les équipements… et bien entendu, l’équipe technique !

Il faut se faire invisible ?

Je n’ai pas encore trouvé de cape d’invisibilité, alors pour le moment, je fais sans ! Mais ça me serait bien utile parfois !
Oui, il faut disparaître du champ de vision de la caméra, donc du plateau ou de la pièce en intérieur, et du paysage à l’extérieur, ce qui pose parfois quelques problèmes. Je n’ai jamais eu à filmer un désert à 360°, mais je serai peut-être bien embêté si je devais le faire… Enfin, ce serait plus de montage au moment de la post-prod !

Donc plus l’équipe technique est réduite, plus c’est simple ?

C’est un des grands avantages de la vidéo à 360 : moins il y a de monde, mieux c’est. Un seul réalisateur-technicien, c’est l’équipe parfaite pour un tournage. Cela facilite la régie du tournage, évidemment, mais ça permet également de faire baisser le coût salarial.

Mais le matériel est beaucoup plus cher ?

Oui et non. Je vous donne un exemple. Je tourne pas mal de mes films à 360 avec une caméra GoPro Omni, qui est réputée offrir la meilleure qualité d’image à l’heure actuelle, avec ses 6 capteurs 8K. La caméra coûte assez cher, c’est vrai, mais sur un tournage classique, j’ai habituellement 3 caméras 4K, et une batterie d’équipements supplémentaires : projecteurs, perche, régie, etc. Au final, le tournage à 360° ne demande pas de matériel plus cher qu’un tournage classique de type studio, c’est-à-dire avec plusieurs caméras haute définition.

Alors pourquoi une vidéo à 360° coûte-t-elle plus cher qu’un tournage classique ?

Le coût salarial peut être réduit, et le coût matériel n’est pas incroyable. Par contre, la grande différence tient dans la post-production. Les rushs [ndlr : les images enregistrées par les caméras lors du tournage] d’un tournage à 360° sont assez longs à assembler, et demandent une véritable expertise, notamment dans l’utilisation de logiciels d’assemblage dédiés. S’il faut dix fois plus de temps pour monter les images, le coût de la post-production sera logiquement plus élevé. Mais c’est un petit coût par rapport à tout ce que l’image à 360° apporte au spectateur !

Le potentiel de la 360 est-il vraiment aussi énorme qu’on le dit ?

J’en suis persuadé, oui. Le potentiel est immense, et pas seulement dans les domaines du divertissement, avec les jeux ou les spectacles, ou de la pédagogie, avec les tutoriels, où la réalité virtuelle est déjà bien implantée aujourd’hui. On peut aller beaucoup plus loin dans l’utilisation de l’image à 360. Je pense aux voyagistes, aux musées, aux artistes, aux promoteurs immobiliers, aux ONG, et plus largement à tous les entrepreneurs qui souhaitent faire la promotion de leur service ou de leur outil.
La véritable révolution de la VR, c’est la place de l’expérience utilisateur dans le processus créatif. On peut vraiment parvenir à des expériences d’une immense richesse, à condition de penser le projet dès le synopsis dans cette optique : offrir une expérience utilisateur sensationnelle (au sens propre, comme au sens figuré).

La technique est-elle assez au point pour faire vraiment tout ce que l’on veut ?

La technique oui, mais pas forcément le budget ! Mon objectif, c’est de rendre la vidéo 360 accessible aux acteurs du marché, en réduisant les coûts de production. S’il faut passer des semaines sur des logiciels compliqués pour parvenir à une image parfaite, ce ne serait pas viable. Pour être très honnête, il arrive encore que sur certaines images, les raccords ne soient pas absolument parfaits, mais en général — pour répondre à votre question —, oui, la technique est vraiment très au point et permet aujourd’hui d’arriver à un résultat d’une grande qualité.

On entend souvent parler d’effets fantômes. De quoi s’agit-il ?

Je vous donne un exemple concret : vous filmez une séquence dans laquelle il y a au premier plan une plante, et à l’arrière-plan des arbres. Bon, on est d’accord, le spectacle n’est pas passionnant à regarder, mais ce n’est pas le sujet ! Donc… vous filmez la scène avec 6 capteurs, qui sont aussi rapprochés que possible, mais malgré tout, pas exactement au même endroit. Il suffit d’un espace de quelques centimètres entre les caméras, et donc les capteurs, pour que la perspective ne soit plus exactement la même : sur les images issues de chaque caméra, la plante ne sera pas calée exactement au même endroit par rapport aux branches des arbres, à l’arrière-plan. C’est ce que l’on appelle un problème de point nodal. Au montage, cela se traduit par des problèmes de parallaxe, que l’on appelle souvent des effets fantômes (ghosting effect en anglais), ou artefacts de raccords de points (stiching artefacts en anglais).
Les logiciels font des merveilles, mais il arrive malgré tout que les logiciels ne parviennent pas à rendre l’image parfaite.
Après un bon travail de montage, il est très rare que cela gêne le spectateur, qui ne se rend souvent pas compte de ces très légers décalages dans l’image.

Quels sont vos prochains projets de films à 360 ?

Secret défense… Je parle rarement des projets à venir ! J’ai des tonnes de projets et d’envies. La vidéo à 360 est très riche, elle décuple les possibilités créatives. J’ai envie de tester de nombreuses idées, d’aller toujours plus loin dans la recherche et la réflexion, notamment dans la fiction, autour de la place du spectateur dans l’objet vidéo, qui se trouve désormais au centre de l’action. Du côté du documentaire aussi, je souhaite approfondir mes recherches. Bref, ce ne sont pas les projets et les envies qui manquent, la vidéo à 360 ouvre un champ immense de possibilités !

 
 

Pour en savoir plus, lisez le blog du réalisateur : Journal d’un réalisateur 360

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